Notre histoire

Une histoire industrielle & sportive

Du capitaine Constant Joseph Fontaine-Coupé à la société de gymnastique La Saint-Quentinoise, le site du campus porte près de deux siècles d'histoire saint-quentinoise. Le récit, en six chapitres et trois épisodes vidéo.

En vidéo

L'histoire en trois épisodes

Trois courts épisodes pour parcourir l'histoire du site, de la chaudronnerie Ducrocq au campus d'aujourd'hui.

Épisode 1Une histoire industrielleLa chaudronnerie Ducrocq et la famille Fontaine-Coupé.
Épisode 2La Saint-QuentinoiseNaissance et essor de la société de gymnastique.
Épisode 3Du boulevard Victor-Hugo à aujourd'huiReconstructions, fusions et renaissance du site.
I

Constant Joseph Fontaine-Coupé

Caudry, 18 octobre 1824 – Saint-Quentin, 7 octobre 1888

Constant Joseph Fontaine naît à Caudry le 19 octobre 1824. Cadet de deux sœurs, Éléonore (1820) et Constantine (1822), il est le fils de Constant Joseph Fontaine dit Moby (Caudry, 9 février 1799 – Saint-Quentin, 26 août 1865), tisseur de coton, et de Marie Josephe Ildephonsine Lozé (Caudry, 13 novembre 1801 – Saint-Quentin, 5 janvier 1870). Il aura deux autres sœurs, Augustine (Caudry, 1826) et Louise (Saint-Quentin, 1830), et deux frères, Édouard (1833) et Alfred (1834).

La famille s'installe à Saint-Quentin à la fin des années 1820, entre 1827 et 1830, probablement rue du Petit Butin (au n°5 en 1830, au n°18 en 1833), derrière l'hôtel de ville. Le père est alors « courtier ». La famille est installée Petite Place Saint-Quentin (n°3 bis) dès 1836, puis rue Granville (n°1) avant 1846 — le père est, selon les recensements, courtier en 1836, facteur de tissus en 1846, négociant en 1851, fabricant de tulles en 1856-1861.

En 1843, à l'âge de 19 ans, Constant Joseph s'engage dans l'armée, où il fait une rapide ascension au sein du 4e régiment de chasseurs à cheval : rapidement brigadier, sous-lieutenant vers 1848, puis lieutenant en 1858.

Il parcourt probablement la France et le Portugal avec son régiment (Tarascon, puis Tours en 1844, Castres en 1846, Lisbonne en 1848, Provins en 1850, Paris en 1855), avant que celui-ci ne soit affecté en Algérie en 1855, où il reste jusqu'à la campagne d'Italie en 1859, participant aux batailles de Magenta et Solférino. Le régiment revient en France, à Provins, jusqu'en 1863, avant de repartir pour l'Algérie en 1864, à Milianah, luttant contre plusieurs insurrections jusqu'en octobre 1868, date de son installation à Colmar.

Il reçoit la Légion d'honneur le 30 décembre 1863 (décret du 14 avril 1864), six mois après avoir obtenu le grade de capitaine. Le tableau peint par Félix Genaille en 1873 le représente en 1864, portant sur la poitrine la Légion d'honneur et la médaille de la Campagne d'Italie de 1859.

C'est durant l'année « de calme » de 1869, considérée comme une année de repos pour le régiment alors en garnison à Colmar, que le capitaine adjudant-major Constant Joseph Fontaine décide de quitter l'armée, en décembre 1869, pour prendre sa retraite à Saint-Quentin. Il y épouse une « jeune veuve » de 29 ans, Irma Louise Lucienne Coupé (Saint-Quentin, 17 mai 1840), propriétaire, veuve du négociant et industriel Gaspard Ducrocq (décédé le 2 octobre 1868) et fille du négociant Jean-Baptiste Nicolas Coupé.

Gaspard Ducrocq, premier mari d'Irma Coupé, avait fondé en mai 1853 avec son frère Adrien une chaudronnerie produisant notamment du matériel pour l'industrie sucrière. Le siège, d'abord au 27 boulevard Saint-Martin (actuel boulevard Victor-Hugo), passe ensuite au n°11. La société est dissoute en décembre 1867. Une nouvelle société, Ducrocq, Tronche et Cie, est fondée en octobre 1871, avant d'être dissoute en novembre 1875. L'ancienne chaudronnerie est mise en vente en juin 1877 puis, faute de repreneur, son matériel est vendu les 21-22 juillet 1879. Deux ans plus tard, la Saint-Quentinoise s'installe dans ces locaux…

II

La création de La Saint-Quentinoise

Société de gymnastique — 1882

Au lendemain de la défaite de 1870-1871 se multiplient en France les sociétés de gymnastique et de préparation militaire. S'inspirant du modèle allemand, ces sociétés gymniques, de tir et d'escrime dispensent des exercices physiques et une préparation militaire (tir, défilé et musique) aux enfants et jeunes hommes avant leur service militaire.

En 1882, la municipalité de Saint-Quentin fait appel au Lillois d'origine strasbourgeoise Cyrille Wachmar, figure pionnière de la gymnastique nordiste avant 1914, pour organiser une « fête-concours » de gymnastique. Le 2 juillet, elle rassemble 17 sociétés gymniques du Nord, de Paris, de Reims, d'Amiens, de Chauny…

Dès le lendemain, une trentaine de Saint-Quentinois se réunissent dans un café de la rue des Toiles pour créer une société de gymnastique. Ils remettent au maire les statuts le 10 juillet 1882 ; validés le 14 juillet par l'autorité préfectorale, ils fixent la date officielle de naissance de la Saint-Quentinoise. La première assemblée générale se réunit le 20 juillet, annonçant le début des cours le 1er août.

Par souscription et dons, la société s'équipe rapidement, ce qui lui permet de participer à une première sortie à Origny-Sainte-Benoite le 1er octobre suivant.

Les premières pratiques — trois entraînements par semaine, le soir après 20 h — sont alors :

  • Gymnastique
  • Course et sauts
  • Boxe et bâton
  • Marche, dont des marches nocturnes
  • Tir réduit (stand du boulevard Victor-Hugo, carabine Flobert) et longue distance (stand du Vermandois, faubourg Saint-Jean)
  • Escrime

Un avis publié dans la presse en 1894 résume l'ambition de la société : « La Société a pour but le développement des forces physiques et la vulgarisation des exercices militaires. Elle pratique à cet effet la gymnastique, l'escrime, la boxe, le bâton, le tir, la marche et le maniement des armes. »

Ancien militaire de carrière, présent à Magenta et Solférino et sorti de l'armée avant la défaite de 1870-1871, Fontaine-Coupé est très favorable aux mouvements patriotiques des années 1870-1880, préparant « pour la France des soldats forts, souples et vigoureux ». Il fut aussi, avec d'autres anciens officiers, l'artisan de la fondation en 1884 de l'Amicale des Anciens Militaires et des membres de la Légion d'honneur ; refusant la présidence, il en fut acclamé président honoraire.

Membre fondateur et membre d'honneur de la Saint-Quentinoise, il y côtoyait le préfet Anatole de la Forge, l'historien Henri Martin, Cyrille Wachmar, le donateur Édouard Dufour et Paul Déroulède, fondateur de la Ligue des patriotes. Il s'y investit toute sa vie, accompagnant les gymnastes dans leurs déplacements encore quinze jours avant sa mort, à Noyon.

III

L'installation boulevard Victor-Hugo

Le don Fontaine-Coupé — 1882-1886

Durant ses premiers mois d'existence (à partir de décembre 1882), la Ville met à disposition de la société une salle de 150 m². Rapidement à l'étroit, celle-ci est aussi hébergée par les sapeurs-pompiers, boulevard Gambetta.

En septembre 1884, la municipalité résilie le bail de la place du Huit-Octobre et propose de louer, pour 1 200 fr par an, de plus grands locaux boulevard Victor-Hugo, propriété de M. Fontaine-Coupé : l'une des halles de l'ancienne chaudronnerie Ducrocq. La partie louée comprend une grande halle de 400 m², une plus petite de 100 m² et une cour donnant sur la rue Saint-Louis (Félix-Faure).

Après discussions, Fontaine-Coupé fait finalement don des locaux à la Ville en octobre 1884. En contrepartie, la municipalité s'engage à les affecter gratuitement à la Saint-Quentinoise, à entretenir à perpétuité la sépulture des donateurs et à leur verser une rente viagère annuelle de 1 200 fr.

Ces conditions prolongent de fait le bail initial, tout en garantissant la conservation des locaux par la société après le décès des donateurs.

En septembre 1886, les époux Fontaine-Coupé louent en outre à la société, pour 18 ans (50 fr/an), une bande de terrain longeant à l'ouest ses installations, où il fait construire un stand de tir.

IV

La longue reconstruction

Boulevard Victor-Hugo — 1924-1927

Le siège de La Saint-Quentinoise se trouvait face à l'usine à gaz, ce qui explique sans doute les importantes destructions du site pendant la guerre de 1914-1918. La salle de gymnastique et la salle d'armes sont détruites ; le stand de tir, le manège et ses écuries à neuf box subsistent mais, charpentes pourries, murs ébranlés par les obus et sol éventré, l'ensemble est jugé irréparable.

Selon le dossier de dommages de guerre de novembre 1920, la salle de gymnastique était un bâtiment de 13 × 7,9 m en briques, à charpente de bois, sur sol de terre couvert de sciure. Le stand de tir était couvert en appentis (colonnes de fonte, charpente métallique), ouvert sur un côté ; le manège et les écuries (13 × 8,3 m) étaient en briques et charpente de bois.

La Ville perçoit 225 000 fr de dommages de guerre. La Saint-Quentinoise négocie directement — avec l'accord de la municipalité, qui confie le suivi à l'architecte municipal Louis Guindez — la reconstruction avec l'entrepreneur de travaux publics Jude Louis Spiwinne, ancien président de la société.

L'assemblée générale de reconstitution a lieu le 12 décembre 1920 ; un baraquement provisoire sert à l'entraînement des jeunes. Le projet de reconstruction, confié à Spiwinne, est présenté au conseil municipal le 5 septembre 1924. Il comprend :

  • Un hall d'entrée
  • Une salle de réunion du conseil d'administration
  • Une salle d'armes
  • Un magasin
  • Des vestiaires, lavabos et douches
  • Un logement de gardien de trois pièces à l'étage, donnant sur la rue
  • Une salle de manœuvres occupant tout le terrain, avec tribune et galerie périphérique donnant accès à la rue Félix-Faure

L'immeuble est à structure et charpente métalliques, remplissage de briques et toiture en fibrociment. En juin 1925, les travaux sont suspendus : la charpente est posée, mais pas la couverture.

L'ouvrage est en cours d'achèvement en janvier 1926 ; les cours y reprennent le 5 janvier, avant une ouverture provisoire début février — la presse du 6 février décrit un « clair, spacieux et coquet local ». À l'assemblée générale du 4 mars 1927, tenue pour la première fois dans le local « enfin presque achevé », l'inauguration est annoncée pour juin. Elle a finalement lieu le 3 août 1927, devant plus de 800 personnes réparties dans les galeries.

V

De la Saint-Quentinoise à la Vaillante

1900-2023

D'autres sociétés de gymnastique apparaissent après 1900, sous l'égide de patronages paroissiaux ou de coopératives ouvrières : L'Avenir du Faubourg d'Isle (1901), L'Avant-Garde (1903), La Prolétarienne (1905), La Jeune Garde et La Vaillante (1906), la Société Athlétique La Gauloise (1907). La dernière née avant la Grande Guerre est La Vigilante de Saint-Quentin, vers 1908, première à constituer une section féminine en 1912.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, seules La Saint-Quentinoise, La Vaillante (rue de Flavigny) et La Jeune Garde (rue des Bouloirs) renaissent de leurs cendres, concurrencées par les clubs sportifs des années 1920. Après la Seconde Guerre mondiale, la Jeune Garde disparue, ne subsistent plus que La Saint-Quentinoise et La Vaillante.

La Saint-Quentinoise disparaît en 1972, après 90 ans d'existence, absorbée par La Vaillante, qui s'installe alors boulevard Victor-Hugo (elle quitte le 35 rue de Flavigny, futur théâtre La Manufacture).

En 2017, La Vaillante-gymnastique — séparée de sa branche musicale en 1994 — fusionne avec Gym'Avenir Saint-Quentin (2013) pour former Saint-Quentin Gymnastique, installé depuis 2023 dans la salle Émilie Le Pennec du nouveau pôle sportif de la ville.

VI

L'usine à gaz

En face du campus — 1840-1960

Une usine à gaz s'implante en bordure du boulevard Saint-Martin (Victor-Hugo) en 1840, face au site de l'actuel Campus Fontaine-Coupé. Pour accompagner son extension, elle installe un gazomètre en 1856, de l'autre côté du boulevard, à l'est du site ; un second gazomètre est ajouté quelques années plus tard.

Détruits pendant la Première Guerre mondiale, les gazomètres ne sont pas reconstruits. On édifie en 1924 un logement, des écuries et un hangar, le reste du terrain servant au stockage du charbon. La production de gaz cesse au milieu des années 1960.